Atelier de poltique linguistique: Eléments de synthèse de la matinée (Jour 1)

PROJET DE REFONDATION NATIONALE AU SENEGAL

QUELLE POLITIQUE LINGUISTIQUE ?

Eléments de synthèse jour 1 matinée (avec modération A Salam Fall)

 

Mardi 26 Aout 2014  – 9h – 15h

 

Présidence de séance : Pr Abdou Salam Fall, Chercheur à l’IFAN, Directeur du LARTES-IFAN.

Rapporteurs : MM. Moussa Mbaye, Secrétaire Exécutif de Enda Tiers-Monde

Babacar Mboup, Socio-anthropologue

Sidy Moctar Cissé, Spécialiste Formation          

 

  1. Intro

Les présentations des participants, introduites avec brio par le modérateur A. Salam Fall,s ont l’occasion d’entrer de plain-pied sur le sujet car permettant d’aborder de façon polyphonique les réponses aux questions : Qui sommes-nous ? Quelles sont nos raisons propres d’être ici ?

  • Les présentations ont montré que nous avons présentes dans la salle et en virtuelle les « bonnes personnes » pour discuter de façon avisé de ce thème
  • Importance du rôle joué par la diaspora (F Ka) car la refondation doit intéresser et concerner tout le monde…
  • Continuité du combat menée depuis par de grandes figures (cheikh Anta diop, cheikh aliou ndao, Arame Faal, Boubacar Boris Diop, etc.)
  • Reflète quelque chose de rare et essentiel aujourd’hui : volontarisme et bénévolat par patriotisme (Mandiaye Gaye)

 

  1. Eléments de cadrage (par Cheikh Gueye)

Quel est l’objet de notre rencontre ? Quel est le processus qui nous y a mené ? Qu’en attendons-nous ?

  • Les recherches montrent l’importance de l’enseignement dans les recherches menées à la base, dans l’apprentissage en bas âge
  • Primeur accordée au français au détriment de l’arabe
  • Il y a aussi d’autres langues intéressantes (anglais, chinois, etc.)
  • Contexte de réformes diverses (institutions, éducation, foncier, décentralisation…)

 

Le processus qui nous y a mené

  • Nés de discussions informelles à travers Facebook, les échanges sur cette problématique ont pris une envergure significative et ont soulevé d’importantes questions relatives au rôle qui devrait être assigné à chacune de ces langues, surtout dans l’enseignement et la formation au Sénégal. Partant de là, les discussions ont porté sur plusieurs autres sujets comme la nécessité d’une politique linguistique traitant d’égale dignité nos différentes langues nationales, le rôle à assigner au français, l’introduction de l’anglais, le statut de langue(s) officielle(s), etc.

 

L’objet de notre rencontre ?

  • Réinterroger la question des langues nationales comme outil de construction nationale mais aussi comme outil d’éducation

 

Qu’en attendons-nous ?

  • Poursuivre et approfondir le débat né sur Facebook avec l’apport de compétences avérées dans le domaine…

 

  1. Présentations et débats

 

(Voir texte des présentations)

 

–          Des mots forts : « on a cru que nous étions des gaulois », « vos bourreaux sont ici », « il n’y a pas une guerre des langues, il y a un dialogue des langues » ; « C’est une part de notre âme, une part de notre identité, qui est brisé »

  • Des moments forts (interventions de Momar Samb,  Aram Faal, Moustapha Diop, témoignage de Sidy Cissé)

 

Synthèse des débats sur conditions de refondation institutionnelle : Comment le pluralisme linguistique peut être pensé et agi dans le cadre de la refondation nationale ?

 

Une question sensible, complexe et souvent très disputée…touche à la cohésion nationale mais également à la souveraineté nationale; nécessité de ne pas faire le lit de frustrations et d’exacerber les contradictions ethnolinguistiques ; éviter une autarcie et un renferment sur soi par rapport aux opportunités de la mondialisation. D’où une partie des débats à servi au groupe de mettre de côté certaines considérations sur le sujet, pour mieux poser le champ de nos discussions et dégager des orientations fondamentales sur la direction que ce groupe veut prendre.

 

Il ne s’agit pas de :

  • Bouter le français dehors ou d’ignorer l’apport séculaire de l’Arabe
  • Opter pour une langue nationale wolof (dominatrice) en niant ou minimisant les autres langues africaines
  • Oter le droit d’un citoyen à parler et utiliser sa propre langue / culture (droits linguistiques, cf. Déclaration universelle des droits linguistiques (UNESCO, Barcelone, 1996)

 

Dans ce sens, les arguments à mettre en avant ne sont pas :

Le nombre (majorité) pour porter un agenda de domination monopoliste mais on doit en tenir compte pour bien analyser les évolutions et faire de choix nécessaires…

 

Il s’agit :

De reconnaître le droit au multilinguisme et asseoir notre développement sur la promotion de ns langues nationales, et par-là la valorisation de notre culture et l’affermissement de notre identité = une base solide pour se déployer dans et à travers le monde

Les raisons solides à valoriser sont :

  • Tout groupe sociolinguistique a droit à un enseignement qui permette à ses membres d’acquérir une connaissance des langues liées à leurs propres traditions culturelles
  • Droit au multilinguisme
  • Les enseignements apprentissages dans la langue premières sont à la fois plus efficaces et plus légitimes
  • Il n’y a pas de déficience linguiste, les matériaux existent déjà largement qui démontrant les capacités de nos langues africaines à véhiculer les contenus scientifiques, technologiques, etc.
  • La première priorité pour le développement, c’est de parler avec le Peuple ; en utilisant le français, on fait le choix de s’adresser à 10% du peuple ; ensuite seulement vient la nécessité d’une langue pour interagir avec les autres
  • Les enfants sont disposés au plurilinguisme
  • Une meilleure interaction entre école et la vie est nécessaire et nous pouvons l’avoir avec une meilleure modalité telle que la valorisation de nos propres langues dans ces deux espaces
  • Le plurilinguisme n’est pas un frein au développement économique encore moins une quelconque entrave à la performance de l’élève/étudiant dans son processus d’apprentissage
  • Etc.

 

OK pour le pluralisme linguistique

Basé sur la promotion ambitieuse de nos langues nationales, dans le respect de la diversité

Donc contre toutes formes d’hégémonies (d’ici ou d’ailleurs)

 

D’accord mais « Tout a été dit et expérimenté, mais qu’est-ce qui bloque fondamentalement ? »

–          C’est réellement une question de volonté politique

–          Mais également, une frilosité chez certains intellectuels adeptes d’une forme de particularisme qui ne dit pas son nom

–          Environnement politique, culturel, administratif, etc., qui ne valorise pas les langues nationales : être alphabétisé dans une langue sans pouvoir l’utiliser dans les moments important de la vie publique, ou dans les domaines économiques, culturel, etc., de la quotidienne

–          L’impact et l’apport de l’enseignement religieux dans l’apprentissage des langues (nationales ou étrangères) est encore méconnu et mésestimé

–          Ceux qui dirigent ne croient pas à l’école !

–          Etc.

 

Mais quelle est la clé du changement

Le peuple !

–          La dynamique des langues dépend plus des (r)évolutions et dynamiques globales de la société que des décideurs

–          La parenté génétique et structurelle des langues

L’état (volonté politique) !

–          Même si une décision politique pour le statut des langues est incontournable

–          Là où le bât blesse : Cette question n’a jamais été prise au sérieux par les hommes politiques

Les deux = le peuple pour amener l’état à agir dans le bon sens !!!

–          « C’est au peuple de prendre en charge la question est d’en faire une exigence, sinon ça ne bougera pas ! »)

 

Autres clés importantes à actionner

–          La planification linguistique est une nécessité du moment

–          Une approche   beaucoup plus structurée de l’enseignement des langues nationales

–          Un dialogue politique et citoyen élargi pour faciliter les décisions politiques à propos du statut des diverses langues nationales, de façon à éviter l’extrême fragmentation au plan linguistique

Quel est le cheminement qui devra nous y conduire ?

  • passer à l’acte : la meilleure façon de dire, c’est de faire !
  • Susciter un engagement plus fort des éditeurs pour une meilleure accessibilité des productions en langues nationales
  • Créer ou renouveler une large alliance citoyenne en faveur de la promotion des langues nationales
  • Susciter un groupe de « talents », champions de la promotion des LN pour rencontrer les plus hautes autorités du pays et les sensibiliser à la nécessité de ruptures conséquentes dans la politique éducative en matière de valorisation des langues nationales ; dans le même sens, s’entendre autour d’objectifs minimal à porter par ce groupe
  • Elargissement et renforcement du militantisme, sur base de patriotisme
  • S’entendre sur un projet politique objet de large consensus national
  • Amener nos langues à être des langues d’état et de gouvernance publique

 

Questions critiques à prendre en compte pour aller plus loin

–          Convaincre les tenants du système de la capacité des langues à assurer cet enseignement en donnant accès à la modernité

–          Rapport entre culture et religion comme facteur d’inhibition. Les lignes entre religions et culture sont de plus en plus brouillés, empêchant de faire le pas de renouer nos liens avec notre héritage, sous le prétexte que « nous sommes musulmans, nous n’avons pas besoin de tout ça »

–          L’accessibilité des productions en langues nationales au niveau du grand public

–          Combler le gap en matière d’alphabétisation en langues nationales pour tous ceux qui ont été formés à partir des langues étrangères et qui doivent aujourd’hui faire des efforts sérieux pour acquérir les compétences nécessaires

–          Les stratégies pour éviter l’acculturation de nos enfants en milieu familial et scolaire, en particulier pour ceux de la diaspora

–          Suivi-évaluation des expérimentations et réformes curriculaires au plan scientifique, avec sérieux et régularité

–          La collaboration entre académiciens et militants des langues

–          L’approche  curriculaire comme outil efficace de promotion des langues nationales

–          Trouver solution au « lynchage orthographique » de nos langues nationales, notamment dans la presse

–          Le passage à l’échelle des expériences d’introduction des langues nationales à l’école élémentaire (par ARED, ELAN, etc.), en gérant les rythmes et niveaux d’aboutissements différents en fonction des langues

Au bout du compte nous arriverons à transformer le cadre institutionnel pour une refondation linguistique

 

 

 

 

 

 

 

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