Présidence de séance: Dr. Ibrahima  DIA
Rapporteurs :
M. Moussa Mbaye (Secrétaire Exécutif de Enda Tiers-Monde),
M. Babacar Mboup (Sociologue),
M. Sidy Moctar Cissé (spécialiste en Développement Durable et Formation, Dakar, Sénégal
Facilitateurs : Abdou Ndukur KacNdao et Cheikh Gueye
 

Trois séquences ont ponctué le rythme des activités de ce premier jour : les échanges sur les Objectifs et la méthodologie, la présentation sur la question de l’Emergence économique et enfin, les discussions sur la vision ou le projet de société.

Il convient de souligner que le management de l’Atelier a permis très vite de « briser les glaces », de nouer des affinités voire des complicités intellectuelles. L’effet direct a été l’esprit de consensus et la fécondité des échanges qui ont permis d’aller plus loin que le projet initial autour de l’ouvrage pour engager un débat plus structuré sur le projet de société.

  1. OBJECTIFS ET METHODOLOGIE DU PROCESSUS

 « Qui veut aller loin, doit ménager sa monture », tel semble être l’enseignement qui a guidé la première étape des travaux. Ainsi, il revenait au Dr Cheikh GUEYE dans sa note introductive, de fournir les informations relatives à la genèse du processus et aux différentes étapes qui ont abouti à la phase actuelle. Ainsi, il a rappelé qu’un débat citoyen original né sur Facebook en mai 2014 sur la nécessité de refonder et de réinventer la société sénégalaise et ses institutions a généré une mobilisation de dizaines de personnes au Sénégal, en Asie, en Amérique du nord et en Europe. Cette initiative embrasse désormais des enjeux aussi divers que le système politique et de gouvernance, les stratégies économiques, territoriales, éducatives, linguistiques pour un progrès social sous le prisme de la souveraineté, de la solidarité, de l’égalité. Elle a pour ambition d’arrimer ou de connecter nos institutions et leur fonctionnement aux réalités sociales et culturelles et aux valeurs positives auxquelles elles se réfèrent. La démarche combine le virtuel et le présentiel, les positions académiques et citoyennes et un volontarisme affiché d’influer sur l’avenir du pays dans un contexte de tentatives de réformes concernant la plupart des enjeux précités

Hormis, la grande originalité de la démarche, dans ses supports et procédures, les participants ont surtout magnifié l’esprit empreint d’un fort engagement citoyen. L’enjeu demeure le renforcement de l’adhésion militante au projet dans un souci d’efficacité et d’ouverture dans les démarches et modalités de réalisation. Il faudrait dès lors, veiller à ce que les diverses propositions relatives à la Refondation soient mises en cohérence, dans une dynamique participative et inclusive qui valorise en même temps les références spécifiques, notamment culturelles.

Un des éléments importants de la démarche serait donc d’avoir en point de mire l’existence d’initiatives connexes et de grande ampleur et avec lesquelles il faudrait établir des passerelles :

  • Réforme des institutions (CNRI)
  • Réforme de la décentralisation (acte 3)
  • Réforme de l’éducation (Assises)
  • Réforme des politiques économiques (PSE)

Mais, il fallait au Groupe régler une question préjudicielle : au-delà de cette préoccupation commune, que voulons-nous faire ensemble ?

 Résultats 

L’Objectif initial était la publication d’un ouvrage qui pourrait également prendre la forme d’un livre blanc. Mais alors, avec  quels contenus et orientations ? Quelques pistes ont été avancées :

  • témoigner
  • aider à comprendre les enjeux et proposer des perspectives
  • influencer le changement, notamment en direction des populations

Cependant, les échanges ont fini par donner à la discussion une autre tournure.

Rebondissements sous forme de questions clés

Si l’objectif minimal est de publier sous forme de propositions structurées le contenu de nos échanges, exercice dans lequel les universitaires et les scientifiques seraient tout à fait à l’aise, il fallait également avoir le souci de valoriser la  pluralité des perspectives et des talents qui se sont jusqu’ici exprimés dans la toile. Autrement :

– Comment intégrer dans le débat/processus une masse critique de sénégalais dont les non francophones ?

-Comment ne pas réduire le cercle à ceux qui sont physiquement présents à l’Atelier et garder le contact avec les nombreux internautes qui suivent de façon plus ou moins active les discussions voire y participent ?

– Si l’objectif est d’atteindre les populations, quelles articulationsentre le Web et les autres instruments : livres, télés, radios…?

Points de consensus

Dans le souci, du point de vue méthodologique, de ne pas s’enfermer dès le départ dans le carcan d’un ouvrage à publier, il fut préconisé  une démarche prudente et ouverte, à l’exemple du forum social mondial et de laisser féconder le processus, tout en capitalisant les acquis chemin faisant. Ainsi des réponses pratiques ont été apportées à certaines questions :

QUESTIONS REPONSES
Comment s’assurer de publications? Trouver des leaders thématiques qui auront à charge d’exploiter la riche moisson d’idées
Quelles sont les conditions de succès de l’influence visée ? Aboutir à un Think Tank et/ou rencontrer des groupes socioprofessionnels et/ou des instances pour alimenter leurs démarches par nos réflexions
Comment maintenir la dynamique du virtuel ? Avoir une page dédiée sous la forme d’un groupe communautaire ouvert dans Facebook
Par quel format de publication démarrer? Entrer par un bulletin qui serait une entreprise plus ouverte et moins lourde que l’ouvrage

 

Comment pérenniser le processus? Mettre en place un comité technique de suivi et prendre en charge les aspects organisationnels,techniques, logistiques…

 

 

  1. DEBAT SUR LE PROJET DE SOCIETE

L’introduction faite par Dr Cheikh GUEYE a servi d’amorce à un exercice de formulation qui a permis d’aller au-delà des contenus des posts et d’asseoir quelques principes directeurs pour une Refondation sensible aux complexités de notre société.

Un choix méthodologique, dans cette réflexion stratégique et prospective, a été de tester une entrée par l’Economie en prenant le prétexte d’un exposé du Pr Salif SYautour de la question : Qu’est-ce que l’émergence ?

A partir des principales caractéristiques déclinées par le Pr Salif Sy au cours de son exposé, il en résulte que ce ne sont pas les feuilles de route des Institutions de Bretton Woods qui font mener à l’Emergence :le  souvenir de l’échec des Plans d’Ajustement Structurels sous l’inspiration du Consensus de Washington est encore vivace. Et il a été souligné que l’Emergence ne saurait être le fruit d’une génération spontanée et qu’il fallait plutôt s’attaquer à plusieurs défis dont le relèvement des indicateurs de développement que sont le taux d’épargne et le taux d’investissement, l’industrialisation et le recours à la Planification stratégique qui s’articule à un aménagement territorial bien pensé.

L’occasion était donc tout indiquée pour mettre en exergue l’importance du principe de la souveraineté dans la Refondation, surtout quand il s’agit de procéder à des transformations structurelles de l’Economie qui puissent stimulerla croissance et le bien-être.

Les échanges et les interrogations autour de ce principe ont  été l’occasion d’élaborer  une trame conceptuelle qui a généré d’autres notions de base mais également des questions : quel contenu donner à la souveraineté ? Qui sommes-nous ?Quel est le socle à partir duquel opérer un sursaut citoyen ?

Les  débats sur ce qui devrait tenir lieu de réalité authentiqueont montré une diversité au sein de laquelle les différences tendent à se transformer en différends autour du genre, des territoires, des cultures etc.  Il revenait dès lors d’aborder la question de l’identité  sous l’angle du principe d’inclusion. Et dans cette opération,  autant les intellectuels doivent orienter leurs activités vers la quête de l’objectivité en vue de dépasser les particularismes étroits, autantl’éducation et la culture doivent être poséescomme des vecteurs et des facteurs d’intégration.

Cependant, au vu des dynamiques qui opèrent de profondes transformations dans nos sociétés, avec de nombreux brassages et imbrications,  il s’est posé la nécessité de retraiter la question de l’identité : comment déterminer un patrimoine, qui serve d’invariant dans  la conquête de l’A-Venir  à travers l’entreprise de Refondation, tout en tenant compte des rapports à entretenir avec l’Antérieur, l’Autre et l’Ailleurs?

 

L’impératif méthodologique qui s’est dégagé sous la forme de consensus est que les Chantres de   la Refondation procèdent avant tout à des opérations de déconstruction afin d’éviter de perpétuer les schèmes dominateurs et aliénants qui opéraient jusque  là et de valoriser les savoirs locaux dans toutes les dimensions de  l’entreprise d’Emergence.

Cependant, la question des modèles de développement  n’a pas trouvé de réponse consensuelle : là où certains pensent qu’il faudrait plus miser sur les avantages coopératifs que sur les avantages comparatifs, d’autres pensent que nos régimes sociaux et économiques sont plus complexes que les clivages notés jusqu’ici et qu’il faudrait davantage s’investir à mieux appréhender nos réalités et y apporter des solutions originales.

Quelques autres points de tensions ont été notés :

  • Qu’est-ce qui de nos jours crée le sentiment de communauté ?
  • Comment faire pour que l’Etat ait le souci de faire nation ?
  • Quelles sont les acceptions classiques et les nouvelles formes prises par ces notions dans un contexte de globalisation, de mutations géopolitiques et de révolution technologique ?
  • Comment acquérir une nouvelle posture mentale qui permet de visiter le passé sans traumatisme, d’envisager l’avenir sans pessimisme, de réconcilier les apports  des experts et les engagements des citoyens, de mutualiser des positions idéologiques distantes ?